Rencontre avec Armand BELVISI, co-auteur de l’attentat du Petit Clamart…

 

Interview exclusive pour Nations Presse Info, réalisée les 4 et 5 juin 2008…

NPI : Armand Belvisi, bonjour.
A.B : BONJOUR …

NPI : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
A.B : J’avais 14 ans et demi en mai 1940, quand pour moi la France a perdu la guerre. Je ne voulais pas y croire, pas l’accepter. J’ai pleuré, j’ai juré…
Le 1er octobre 1940 quand mon père meurt, je quitte l’école pour aider ma mère, et c’est alors que j’ai remplacé mon père par ma patrie.
En 1941, alors que je n’ai pas encore 16 ans, je m’engage aux “Compagnons de France ” pour servir mon pays.
Le 8 novembre 1942 les troupes américaines et anglaises débarquent en Algérie et au Maroc. Dès le 9 novembre les troupes parachutistes allemandes occupent Tunis et toute la Tunisie. Ce jour-là notre chef compagnon nous dit “à compter d’aujourd’hui il faut vous considérer mobilisés au service de la France
C’est à partir de cet instant que ma vie bascule réellement et que je prends une route que je ne quitterais plus, et vous voyez, j’y suis encore aujourd’hui.

NPI : Et après ?
A.B : Le 8 mai 1943 Tunis est libérée, j’ai 17 ans et demi, et en falsifiant mon bulletin de naissance je réussis alors à m’engager dans les F F L.
Trois semaines après je déserte pour rejoindre au profit du général Giraud qui commande l’Armée d’Afrique, puis c’est le débarquement en Provence, la campagne de France.
Je suis démobilisé en octobre 1947.

NPI : Alors pour vous c’est fini ?
A.B : Eh non… 7 ans après c’est novembre 1954…La Toussaint rouge ! Un nouveau combat : la défense de l’Algérie Française

Avez-vous gardé des contacts avec vos anciens camarades ?
A.B : Des contacts avec mes anciens camarades de combat et de captivité ? Bien sur que oui, nous sommes tous réunis au sein d’une association, « l ‘ADIMAD ». Nous sommes environ 450 anciens prisonniers.
À ce sujet je vous signale que nous préparons un album photos. Je viendrai, si vous le voulez bien, vous le présenter lorsqu’il sera terminé.

Avec la famille de Jean Marie Bastien Thiry ?
A.B : Les liens qui m’unissent à la famille Bastien-Thiry sont pour eux et pour moi très importants. Ces liens existent toujours bien sûr.

Où vivez-vous aujourd’hui ? Quelles sont vos activités ?
A.B : J’habite dans les Yvelines, plus précisément à Croissy sur Seine, et j’y travaille aussi malgré mes… 83 ans ! Je tiens une boutique de teinturerie, ma retraite ne me suffit pas pour vivre correctement.

NPI : Après l’attentat du petit Clamart, vous avez été arrêté. Vous avez été trahis ? Par qui ?
A.B : Oui, TRAHIS par Watin !
Seul Watin avait revendiqué le titre de nouveau chef de la Mission III.” Seul, Watin est l’auteur des coups de fil à la police, il est le seul membre de l’O.A.S à n’avoir jamais été arrêté malgré ses traits caractéristiques et sa claudication. Il a négocié un accord avec les autorités françaises et a obtenu des papiers de complaisance dont nul ne sait le prix qu’il aurait dû payer pour les posséder. En exil au Paraguay, il percevait une pension du consulat de France. C’est encore lui qui était à l’origine de l’arrestation de Jo Risa, le chef de Delta I à Alger.

NPI : Pourquoi a t-il fait ça ?
A.B : À mon avis, il a agit par ambition personnelle, pour obtenir un poste de commandement à haut niveau. Il ne souhaitait pas anéantir l’opération.

NPI : Que vous est-il arrivé par la suite ?
A.B : Je suis resté 6 ans en prison!

NPI : Vous avez bien connu Jean-Marie Bastien-Thiry. Qui était-il ?
A.B : Bastien-Thiry était le chef du 1er commando de Pont-sur-Seine et le chef, également du second commando du Petit-Clamart. Bastien-Thiry était engagé politiquement. Pour appartenir à l’O.A.S, il ne fallait pas remplir un bulletin d’adhésion, ni souscrire une cotisation. Les gens qui étaient dans la lignée de l’O.A.S en étaient automatiquement membres.
Je le savais brillant dans sa carrière professionnelle, d’une conscience irréprochable, d’une très grande intelligence. Il avait un caractère trempé, un jugement droit, il était lucide et d’une extrême fidélité. Nous avons vécu ensemble, près de 6 mois à la Santé.
Il était tout d’abord “mon chef”, un chef comme je n’en ai jamais rencontré dans ma vie. C’était un grand chrétien, il croyait profondément en Dieu, à la volonté des hommes, et à la liberté. Il aimait la France par-dessus tout, il défendait les vraies valeurs, il était pur et paisible.

C’est en prison que j’ai senti l’amour profond qu’il portait à sa femme et à ses trois filles. Tout au long de notre détention, grâce à la gentillesse de quelques gardiens, il frappait à la porte de ma cellule et au lieu de nous rendre à la promenade, nous parlions. Un jour, j’ai mis un disque intitulé “Le Petit tambour” et j’ai vu ses yeux s’embuer. Il me lisait assis sur mon lit, les déclarations qu’il avait préparées. Je le mettais parfois en garde contre leur violence, mais cela faisait partie de lui. Il n’admettait pas la moindre concession préférant prendre tous les risques plutôt que d’atténuer ou de diminuer ses pensées… Pas un instant il n’envisageait qu’on allait le condamner à mort. Nous parlions tous deux de cela, longuement et sa certitude me rassurait. Un projet d’évasion avait été préparé avec un hélicoptère de l’armée, nous devions nous évader avec trois autres prisonniers, il a refusé car il ne voulait abandonner tous ses compagnons de combat. C’était sa fidélité. Je le revis une dernière fois une semaine avant son exécution, il savait qu’il allait mourir en laissant, seules, une femme et trois petites filles. Ce fut peut-être son seul désespoir. Le reste, sa propre mort ne l’effrayait pas. Il mourait pour une cause, pour une certaine idée de la France, trop chevaleresque sans doute aux yeux de certains. Je suis fier d’avoir eu le privilège de servir sous ses ordres, jamais je ne l’oublierai !

EXTRAIT DE "NATIONS PRESSE INFO"

 

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