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Enfin, pour « L'Aurore », on l'a échappé belle car: « L'attentat de  Pont‑sur‑Seine, s'il était dirigé contre le général de Gaulle, ne l'eût pas atteint seul. Il eût porté à la France, en la discréditant devant le monde, un coup irréparable. »'

Il ne fait de doute pour personne que l'attentat est l'oeuvre de l'O.A.S. Il s'est produit au moment même où la police a engagé contre l'armée secrète une lutte implacable. Dans la semaine qui vient de s'écouler, l'ex-colonel Gardes, a échappé de justesse à la capture dans la région de Tiaret et une vingtaine d'arrestations ont été opérées, après la découverte de documents dans sa « planque ».

Le général Vanuxem, en disponibilité, a été arrêté ainsi que le général de Maison Rouge, commandant le nord oranais. Enfin, Maurice Gingembre, directeur général adjoint des Mines du Djebel O.M.K., au sud de Tébessa, a été appréhendé au moment du décollage de la Caravelle d'Alger. Il est considéré comme le trésorier de l'O.A.S.

Pour l'opinion publique, tout ceci est lié. En réalité, ce n'est pas aussi simple, mais l'actualité immédiate, c'est l'attentat de Pont‑sur‑Seine. IL constitue le sujet exclusif de la seconde conférence de presse du ministre de l'Intérieur, le dimanche 10 septembre 1961. 

Pouvoir destructeur considérable

Aux journalistes avides de détails, Roger Frey donne d'abord des précisions sur la machine infernale préparée à l'intention du général de Gaulle: « Nous avons constaté qu'elle était constituée par un engin de 28 centimètres de diamètre et de 75 centimètres de hauteur muni en son centre d'un tube plongeur avec un robinet. Ce cylindre était à l'origine une bouteille de gaz comprimé.

« L'engin était muni d' un fond rapporté et façonné spécialement qui a été retrouvé après l'explosion et qui avait 14 millimètres d'épaisseur.

« La bouteille contenait comme explosif de la dynamite gomme et du plastic. La composition exacte de l'explosif ne pourra être déterminé qu'après l'examen de laboratoire Aucun emballage n'a été retrouvé su le lieu de l'attentat.

« L'amorçage était constitué par un détonateur électrique qui était relié par deux fils de 356 mètres de longueur à un système de mise à feu.

Ces fils étaient enterrés sur la totalité de leur longueur. L'engin lui‑même était enfoui dans le sable sur le bas- côté de la route à une profondeur 20 centimètres environ.

« En outre, des débris d'un jerrican à essence ont été retrouvés sur les lieux de l'attentat. Seul, un examen de laboratoire permettra de déterminer l'origine et la nature du carburant. Il n'est pas exclu que la grande flamme que l'on avait cru provoquée par de l'essence ait été produite par du napalm. L'explosion a laissé des traces de combustion. On a retrouvé des pains d'explosif intacts éparpillés dans le sable, sur la route.

Et le ministre de l'intérieur précise: «Sur le plan technique, l'attentat avait été très minutieusement préparé. Seules, des déficiences techniques ont empêché que cet engin, qui avait un pouvoir destructeur considérable, puisqu'il contenait dix kilos de plastic, ne provoquât l'explosion qui aurait été suffisante pour causer des dégâts considérables à la voiture et provoquer une nappe, de feu complètement infranchissable.

« La mise à feu a été faite au moment précis où la voiture du général de Gaulle est passée. Des plans et des routes de dégagement avaient été prévus par les conjurés. »

Mais ces conjurés, qui sont‑ils? Les questions fusent de toutes parts. Le ministre de l'intérieur annonce alors l'arrestation de Martial de Villemandy. Il fait même état de ses premiers aveux, car, depuis son transfert à Paris, l'homme qui a appuyé sur le détonateur est entre les mains, au siège de la D.S.T. rue des Saussaies, du commissaire Delarue, bien connu du grand public pour son « Histoire de la Gestapo. »

« Il semble, reprend M. Roger Frey, qu'un certain nombre de personnes ont participé au complot. Certaines sont identifiées. C'est le cas de Dominique Cabanne de la Prade, qui a quitté précipitamment son domicile, le 9 septembre à 6 h 30.

« Il est en fuite. Un autre est en cours d'identification. Deux autres ne sont connus que sous leurs surnoms.

« L'équipe parait avoir été plus nombreuse qu'on ne nous l'a dit jusqu'à présent. Selon les aveux de Villemandy, il semble qu'une répétition ait eu lieu le 30 août, le dispositif d'allumage n'étant pas en place. Après l'attentat, les auteurs se sont dispersés et évanouis dans la nature, et ont été recherchés.

« D'après Villemandy, il est certain qu'il s'agit de l'O.A.S., car ses amis se prévalaient toujours de leur appartenance à cette organisation qu'ils disaient placée sous les ordres de l'ex-général Salan.

« D'autre part, Villemandy a déclaré que Cabanne et ses amis avaient exécuté plusieurs autres attentats au plastic dans la région parisienne, mais qu'ils avaient été dispensés d'autres actions violentes depuis qu'ils préparaient l'attentat contre le général de Gaulle.

Profitant de l'occasion pour élargir le débat, le ministre de l'intérieur se livre à un rappel des principales étapes de la lutte menée contre l'O.A.S. au cours des deux dernières semaines. « Nous avons à l'heure actuelle, dit‑il, des indications très sérieuses et très précises sur l'organisation de l'O.A.S. métropolitaine et l'on retrouve des liens étroits entre toutes ces affaires. On y retrouve notamment des traces de ce qui fut la Cagoule et de ces milieux d'extrême droite qui, sous prétexte de lutter pour l'Algérie française, visent à installer un régime dont le moins qu'on puisse dire est qu'il ne serait pas démocratique. »

Les journalistes quittent la place Beauvau là‑dessus. Ils ne manquent pas de copie ce dimanche‑là. Des centaines de Français, eux, n'ont pas manqué de distractions. La nationale 19 entre Pont‑sur‑Seine et Crancey a été un but de promenade pour de nombreux curieux dont certains ont rapporté à la maison un fragment de métal ou un bout de plastic en souvenir.

Directive n°1 

Dans son numéro daté du 12 septembre (donc paru le lundi, 11) qui rend compte de l'attentat, « Le Monde » titre: « Les coups portés à l'O.A.S. sont sévères en métropole mais son action se poursuit en Algérie.» Et l'éditorial de «Sirius» est intitulé « Le temps des Assassins ».

Si Roger Frey est si convaincu que l'attentat de Pont‑sur‑Seine est l'oeuvre de l'O.A.S. ce n'est pas seulement parce que les « amis de Villemandy se réclament de cette organisation. » C'est aussi parce que, depuis quelque temps déjà, les services secrets ont vent d'un attentat en préparation conte le Président de la République. Ils cherchaient désespérément à en découvrir l'heure et le lieu. Pont‑sur‑Seine semble leur apporter la réponse.

Au moment où il se produit, l'Organisation de l'Armée Secrète a, à peine, huit mois d'existence. Elle a été fondée à Madrid, en février 1961, par deux anciens présidents de l'Association Générale des Étudiants d'Alger, Jean‑Jacques Susini et Pierre Lagaillarde, qui ont dû s'exiler après la révolte des Barricades de Janvier 1960. Les deux extrémistes ont pressenti, pour commander « l'Armée Secrète » le général Raoul Salan, qui a pris sa retraite l'année précédente et s'est désolidarisé de la politique algérienne du général de Gaulle au cours d'une conférence de presse retentissante tenue à l'hôtel du Palais d'Orsay.

Après le putsch des généraux d'avril 1961, Salan est entré dans la clandestinité et l'O.A.S. est passée à l'action en signant ses premiers attentats en Algérie. Depuis l'été, elle se manifeste en Métropole. Les différents services de police, des deux côtés de la Méditerranée, malgré un travail acharné, n'obtiennent que de pauvres résultats et ce qu'ils savent d'un attentat contre de Gaulle ne procède que de la vague rumeur.

Ils ignorent en tout cas que, le 2 septembre, six jours avant Pont-sur-Seine, dans son P.C. secret de la Mitidja, le général Salan a signé une « Directive n° 1 » commençant ainsi: « Il ne doit exister qu'une seule et même organisation de l'Armée Secrète pour l'ensemble du territoire Métropole et Algérie‑Sahara.» A la tête de I'O.A.S‑Métropole, il nomme un délégué militaire, le général Vanuxem, et un délégué civil, sous le nom de code de « Raphaël ». IL s'agirait d'un haut fonctionnaire des Finances dont, jusqu'ici semble‑t‑il, on n'est jamais arrivé à percer l'identité.

L'agent d'exécution, la cheville ouvrière de l'organisation, demeure le capitaine Sergent, un ancien du ler R.E.P., à qui Salan adresse le même jour une «Note d'orientation en vue de l'établissement du plan d'action. »

Malheureusement pour le « Mandarin » le général Vanuxem ne reste pas longtemps en liberté. Il tombe dans le « coup de filet » du 6 septembre. Que s'est‑il donc passé? 

Gros gibier 

A la fin de juillet, le Délégué Général en Algérie, Jean Morin n'est pas très optimiste sur les perspectives de la lutte contre l'O.A.S. Et pourtant c'est à ce moment que le vent tourne. Jean Morin est avisé par le préfet de police Jannin qu'un déserteur de la Légion Étrangère, membre de l'O.A.S. désire le rencontrer secrètement en personne. Le Délégué Général y consent, et reçoit le Légionnaire, un Italien du nom de Pino. Après l'échec du putsch, il a déserté et s'est mis à travailler pour les commandos « Delta » de Roger Degueldre. Il a commis plusieurs attentats au plastic, mais récemment, on lui a demandé d'accomplir une « opération ponctuelle », autrement dit de supprimer quelqu'un. Et Pino a reculé devant le meurtre. Maintenant, il propose le marché suivant: si le Délégué Général, plus haut représentant de la France en Algérie lui garantit l'oubli de sa désertion et un passeport pour regagner son Italie natale, Pino dit tout ce qu'il sait. Il ne demande rien d'autre. Même pas de l'argent.

C'est inespéré. Jean Morin promet. Il tiendra parole, d'ailleurs, et le Légionnaire se « met à table ». Il collabore avec le colonel de gendarmerie Debrosse, commandant les Gendarmes Mobiles d'Alger. Cet officier supérieur n'a pas oublié qu'en janvier 1960, lors des barricades, les « mouvements patriotiques» d'Ortiz et de Lagaillarde ont fait 14 morts et 123 blessés parmi ses hommes. Depuis, il se consacre entièrement à la lutte contre les groupes ultras.

Grâce aux révélations de Pino, le colonel Debrosse monte plusieurs opérations. A la suite d'un concours malheureux de circonstances, elles échouent pour l'essentiel, c'est‑à‑dire pour l'arrestation de deux des hommes‑clefs de l'O.A.S., l'ex‑colonel Godard et l'ex‑capitaine Ferrandi.

Godard, condamné à mort par contumace, est un si gros gibier que l'officier de gendarmerie chargé de son arrestation prévoit un dispositif un peu trop voyant, qui l'alerte, et il s'enfuit à temps. Quant au capitaine Ferrandi, fidèle aide de camp de Raoul Salan, il loge à Alger chez l'ex‑secrétaire du « Mandarin », la capitaine d'A.F.A.T. en retraite, Noëlle Luchetti. Mais cette nuit‑là, Ferrandi souffrant d'insomnie s'est levé à l'aube et est parti dans la ville à la recherche d'un café ouvert. Les gendarmes sont venus après son départ. Ils ont fait chou blanc.

Le bilan, cependant, n'est pas entièrement négatif. Dans la « planque » de l'ex‑colonel Godard, le colonel Debrosse a trouvé les preuves de l'activité de Maurice Gingembre que la police surveille depuis un certain temps déjà Maurice Gingembre, âgé alors de 41 ans, est un homme particulièrement ‑ brillant. Docteur en droit, ingénieur‑docteur ès sciences, licencié-ès lettres, engagé volontaire en  1939, prisonnier évadé, il a rejoint les alliés en Normandie, en juin 1944 et à terminé la guerre dans la 2" D.B. du général Leclerc. Il est directeur général adjoint des Mines de Phosphates de Djebel Omk dont son père est le patron, Il est le neveu de Léon Gingembre, le délégué général de la confédération des Petites et Moyennes Entreprises.

 Agent de liaison idéal

L'enthousiasme de Maurice Gingembre, son goût de la clandestinité se sont enflammés au contact des artisans du putsch d'avril 61. Sa vie se déroule en déplacements continuels entre l'exploitation de la région de Tébessa et sa résidence de Seine‑Port, près de Paris. Il est l'agent de liaison idéal de l'O.A.S. (on sait qu'il en assume également les fonctions de trésorier) mais son mépris total du danger, car, comme de Villemandy, il pense qu'il faut « rester naturel », a attiré l'attention sur lui.

Le colonel Debrosse se rend à Paris pour poursuivre son enquête. Avec ce qu'il a trouvé dans la cache de Godard, il sait que le moment de l'action décisive est arrivé. Parmi les documents, une note de l'ex‑colonel révèle en effet: « Balance est d'accord avec l'objectif n° 1 (Grde Z) et prétend s'en occuper sérieusement. »

Or, le colonel Debrosse sait que Balance est le nom de code du colonel de Brignières et que Grde Z abréviation de la Grande Zorah, désigne... le général de Gaulle. Parmi les documents saisis, se trouve également une note signée Tennessee, le pseudonyme clandestin de Maurice Gingembre.

Le 7 septembre, Gingembre, qui a rencontré en fin d'après‑midi le capitaine Sergent dans un café de la place du Trocadéro, prend à Orly l'avion du soir pour Alger. Le colonel Debrosse se trouve parmi les passagers. Son intention est de filer Gingembre et de remonter par lui jusqu'à la cache de Salan, si possible. Malheureusement, la police a reçu l'ordre de fouiller les bagages de Gingembre. Et Debrosse, devant ce manque de coordination, est contraint de l'arrêter avant qu'il ne se débarrasse de se serviette. L'arrestation s'effectue en public. A l'arrivée à Alger, Maurice Gingembre est encadré par deux gendarmes.

Si la filature a tourné court, la moisson de documents est importante d'autant que Sergent avait remis au voyageur son courrier pour Salan. Elle contribue largement à la compréhension de l'organigramme de l'O.A.S. Mais elle ne répond pas à la question que se posent les policiers: où et quand aura lieu l'attentat contre le président de la République ?

La réponse leur arrive vingt‑quatre heures après, ou de moins ils le croient. Pourtant, à ce stade du récit, il faut noter:

 ‑ que la note de Salan organisant l'O.A.S. en métropole et nommant à sa tête le général Vanuxem est du 2 septembre;

 ‑ que ledit général Vanuxem est appréhendé dans la foulée de l'arrestation de Gingembre;

 ‑ que Roger Frey a révélé au cours de sa conférence de presse qu'une répétition de l'attentat du 8 septembre avait eu lieu le 30 août.

Dans ces conditions, une question: est‑ce bien l'O.A.S. qui a réalisé l'attentat de Pont‑sur‑Seine ?

 Démonter le mécanisme

Aussitôt après son arrestation, Villemandy est amené à Paris, rue des Saussaies. Lorsque le commissaire Delarue le prend en main, il se rend rapidement compte de deux choses : d'abord, il n'a pas affaire à un chef mais à un simple exécutant, ensuite, ce jeune homme fiévreux et volubile ne pèsera pas lourd devant le policier.

Martial de Villemandy habite à Livry Gargan, depuis environ un an. Auparavant, il a vécu en Indochine où il a été speaker à Radio Saïgon et a participé à des émissions de variétés. Depuis quelques mois il travaille comme courtier d'un agent d'assurances d'Aubervilliers et effectue de fréquents déplacements en province. On ne lui connaît qu'une passion : le football.

Le commissaire Delarue ne s'est pas trompé sur son compte, Martial de Villemandy craque au petit matin. Les policiers lancent aussitôt des mandats d'arrêt contre les complices qu'il a dénoncés: Armand Belvisi, Dominique Cabanne de la Prade, Jean‑Marc Rouvière et Henry Manoury. Jean‑Marc Rouvière est arrêté le premier car personne, semble‑t‑il, n'a songé à le prévenir. Belvisi s'échappe de justesse. Il appartient maintenant aux policiers puis au juge d'instruction, M. Theret, de démonter le mécanisme de l'attentat de Pont‑sur‑Seine.

Armand Belvisi, 35ans, est un Pied‑Noir tunisien. Engagé volontaire à 17 ans, il a fait la campagne de France. Entré dans la police en 1947, il est déjà en contact avec les milieux extrémistes et est impliqué dans un hold‑up pour leur compte, ce qui lui vaut deux ans de prison. A sa sortie, il travaille dans les groupes contre‑terroristes qui s'attaquent au Neo Destour et, dit‑on, pour le S.D.E.C.E. Chassé de la Tunisie indépendante en 1959, il se retrouve sur le pavé de Paris complètement déraciné. Il trouve rapidement du travail dans un garage de la porte d'Orléans et des amis dans les milieux d'extrême droite. En mai 1961, il fait partie d'un réseau plus ou moins folklorique dont, malheureusement pour eux, un des membres est un journaliste communiste qui fait un reportage pour l'«Humanité‑Dimanche». Ses révélations entraînent l'arrestation de Belvisi qui est relâché un mois plus tard.

Mais il est désormais « dans le coup ». Le 24 juin, on lui confie l'un des nombreux plasticages de la librairie Maspéro, rue St‑Séverin. L'affaire rate à cause de la perspicacité d'un gardien d'immeuble qui jette à temps la bombe dans la rue mais Belvisi a prouvé son courage. C'est l'essentiel.

Cela lui vaut d'être recruté, au cours d'une entrevue digne des meilleurs romans d'espionnage, par un chef mystérieux: Germain, pour « une grosse opération ».

La grosse opération en question lui est révélée par le responsable de son exécution au cours d'une nouvelle entrevue non moins ténébreuse : il s'appelle Henri Manoury.

Manoury accompagné de deux hommes, Dominique Cabanne de la Prade et ‑Marc Rouvière. Il s'agit de supprimer le général de Gaulle. Belvisi est d'accord. Manoury et ses compagnons l'emmènent sur la Nationale 19 et lui exposent les grandes lignes de l'opération.

Ceci se passe le 24 juin. A partir de ce moment commence la préparation de l'attentat lui‑même. Brancher un fil entre un détonateur et une bombe  distants de près de 400 mètres, n'est pas  une mince affaire. Le premier point choisi pour l'attentat se trouve sur la Nationale 19, entre Coubert et Guignes. Il y a un tas de sable, un arbre sur le bord de la route à plusieurs centaines de mètres. Le dispositif de mise à feu sera placé près de l'arbre. Belvisi se met à l'oeuvre en technicien. Il suggère de faire courir le fil dans les herbes hautes de ce début d'été, sur le bas‑côté de la route.

 « Seule solution possible » 

 Mais un contretemps se produit. Des cantonniers sont chargés de nettoyer le bas‑côté et de brûler les herbes. Le premier jour de leur travail, ils s'arrêtent à quelques mètres du tas de sable, le lendemain, ils vont tout découvrir. Belvisi et  des complices rangent précipitamment le matériel et le ramènent à Paris.

Et puis Belvisi a des scrupules. Il demande à rencontrer Germain à qui il fait son rapport sur les conditions de l'opération qu'il juge hasardeuses et il pose la question : « Madame de Gaulle sera‑t‑elle dans la voiture ? »

Germain ne tourne pas autour du pot ‑ « Elle y sera et je n'y peux rien. Vos scrupules vous honorent mais Mme de Gaulle ne quitte jamais son mari. On ne peut pas l'atteindre sans la sacrifier. Mes supérieurs et moi avons longuement réfléchi à cette question. C'est la seule solution possible, nous la déplorons mais la réussite est à ce prix. »

Armand Belvisi est convaincu. La préparation de l'attentat continue. Sur le plan technique, elle passe par plusieurs phases. Il s'agit d'abord de se procurer la bombe elle‑même, de mettre au point le dispositif de mise à feu, puis l'ensemble des fils qui relieront les deux éléments. Henri Manoury est le patron et le cerveau de l'opération. C'est lui qui a déterminé le nouveau lieu de l'attentat, après Pont‑sur‑Seine, un endroit, il faut bien le dire, admirablement choisi, d'où l'on a une visibilité parfaite sur la nationale 19, et où le fameux petit bois permet un dégagement rapide et discret.                                                       A SUIVRE...    

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